Rova Ilafy

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Patrimoine/ La pierre de Ratsida

pierre-de-ratsidaCette pierre, qui constitue un véritable monument, a été élevée à la mémoire de Ratsida qui commanda sous Ranavalona Ire, en 1836. une armée contre le roi tanala Tsiandroafana. Il fut tué à Ikongo et son corps ne fut pas retrouvé; cette pierre fut donc primitivement élevée dans sa demeure à Soanierana. La tradition malgache veut en effet que, lorsque le corps d’un hova ne peut être ramené dans son pays, les parents lui élèvent une pierre qui devient un talisman familial pouvant être invoqué comme le serait le disparu. La pierre commémorative de Ratsida fut, sur ordre de Gallieni, transportée dans les jardins du Palais. Elle figure en bonne place, juste à côté des tombeaux royaux et des sept tombeaux alignés fitomiandalana. Ceci me donne l’occasion de dire un mot sur les tombeaux malgaches. D’une façon générale, le Malgache vénère ses morts comme, sans doute, nulle part ailleurs sauf dans certaines régions malaises ou indonésiennes. Les tombeaux malgaches s’élèvent à côté des maisons, parfois dans la cour même ou, tout au moins, à proximité du village; mais la règle est qu’ils doivent s’élever à l’angle nord- est, le grand axe étant orienté vers le nord-ouest-sud-est et l’entrée devant se trouver à l’ouest. Ces règles sont strictement observées pour les tombeaux du Rova.

On distingue deux sortes de tombeaux en Imerina : les anciens, parfaitement représentés par les sept tombeaux fitomiandalana ; et les nouveaux, tout aussi parfaitement représentés par les tombeaux royaux.

Mais dans l’itinéraire du visiteur du Rova, ce sont d’abord les tombeaux royaux des souverains merina les plus récents qui s’offrent au regard. A la vue de ces tombeaux, ceux des reines et rois, mais également, bien sûr, ceux des premiers souverains d’Antananarivo, ensevelis dans les sept tombeaux alignés en arrière-plan, on ne peut s’empêcher de se réfugier dans le recueillement le plus respectueux tout en tentant d’imaginer ce que furent leurs époques, leurs faits et gestes. Mais ce ne peut qu’être un moment fugitif, car, en signe de respect et d’humilité, il convient de ne pas s’attarder et de hâter le pas, de ne point parler, de se découvrir, de s’incliner légèrement, de ne pas pointer le doigt en direction des tombeaux lorsque l’on passe devant. Les visiteurs malgaches du Rova, au fait de ces règles, les ont toujours scrupuleusement observées, et je dois dire que, d’une façon générale, et surtout pour les plus humbles d’entre eux, la visite du Rova constitue un véritable pèlerinage pour lequel ils s’appliquent à revêtir leurs habits les plus stricts.

C- Les tombeaux royaux

Ils se composent du tombeau des reines et du tombeau des rois.

Le tombeau des reines a été construit, en 1868, par James Cameron à la mort de la reine Rasoherina. Il renferme, avec les restes de celle-ci, les dépouilles mortelles des reines Ranavalona Ire, Ranavalona II et Ranavalona III.

Le tombeau des rois a été construit, en 1828, par le maître charpentier et architecte français Louis Gros, à la mort de Radama Ier. S'y trouvent les restes mortels des rois Andrianampoinimerina, Radama Ier et Radama II.

Les tombeaux des reines et rois sont surmontés de la « maison sainte », tranomasina, distinction des tombeaux royaux ou de la haute noblesse merina. L’intérieur était tapissé de lambamena, sorte d’étole rouge qu’on renouvelait à la Fête du Bain, à la nouvelle année malgache.

Jusqu’en 1840, la « maison sainte » du tombeau des rois était recouverte en chaume, remplacé depuis par des tuiles de bois, les bardeaux.

Les restes mortels d’Andrianampoinimerina, de Ranavalona Ire et ce Ranavalona II se trouvaient auparavant à Ambohimanga, ville royale sacrée à moins de trente kilomètres, au nord d’Antananarivo. Le 14 mars 1897, sur ordre de Gallieni, ils furent transférés dans les : tombeaux royaux du Rova d’Antananarivo ; il en fut de même des gestes de Radama II enterré à Ilafy. En 1938, le tombeau des reines devait recevoir la dépouille mortelle de la reine Ranavalona III, décédée en exil à Alger, en 1917.

D. Les sept tombeaux alignés Fitomiandalana

Ils sont quelque peu masqués par les tombeaux des reines et rois auxquels ils sont d’ailleurs accolés, et on ne peut réellement les voir  distinctement qu’en passant par les encoignures sud-est du tombeau ces reines ou nord-est du tombeau des rois, ou encore en passant derrière cet ensemble, mais l’on se retrouverait, à cet endroit, dans une partie privée du Rova réservée à l’usage du conservateur du misée.

Les sept tombeaux sont ceux des premiers rois d’Antananarivo, depuis Andrianjaka, fondateur du Rova, jusqu’à, et exclusivement, Andrianampoinimerina.

En fait, dix rois régnèrent à Antananarivo de 1610 à 1794. Trois d’entre eux n’eurent pas l’honneur d’y être ensevelis : Razakatsitakatrandriana, détrôné ; Andriambalohery, mort de la lèpre, et Andrianamboatsimarofy, vaincu par Andrianampoinimerina et enterré à Antsahadinta.

Le tombeau d’Andrianjaka est le premier en partant du sud. Ces tombeaux étaient précédemment situés au sud-est du Grand Palais; depuis 1897, ils ont été transférés sur l’emplacement actuel.

Ils renfermaient les corps des rois suivants : Andrianjaka, Andriantsitakandriana, Andriantsimitoviaminandriandehibe, Andriamasinavalona, Andrianjakamandimby, Andriampoinimerina, Andrianavalonibemihisatra, auxquels on ajouta, en 1897, ceux des rois d’Ambohimanga : Andriantsimitoviaminandriana et Andriambelomasina, ainsi que ceux de divers princes et princesses dont Ranavalonandriambelomasina, mère du roi Andrianampoinimerina.

Tel est cet ensemble de la cour d’honneur qui nous a introduit loin dans les origines mêmes des rois d’Antananarivo, on l’a vu avec les sept tombeaux alignés, et du Rova d’Antananarivo aussi, puisque l’allée des ficus royaux plusieurs fois centenaires nous transporte jusqu’à l’époque où la colline n’était encore qu’une forêt dense, la contrée d’Analamanga. Nos pas nous mènent alors irrésistiblement vers l’édifice le plus imposant du Rova : le palais de Manjakamiadana.

Du jardin privé de Tranovola on distingue parfaitement les Fitomiandalana où, depuis des siècles, reposent, à l’ombre des néfliers, les premiers souverains d’Antananarivo et de l’Imerina.

Tiré du livre « Le Rova d’Antananarivo » de Suzanne Andriamihaingo

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